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Qu’on le veuille ou non, Youssoupha aura réussi le pari de faire de NGRTD (comprenez Négritude) un projet ouvert. Qui aurait cru qu’en 2015 ce concept, porté en partie par Aimé Césaire, serait tant plébiscité et inconsciemment ancré dans la tête de milliers d’auditeurs ? Une sorte de deuxième vie qui prouve une nouvelle fois que rien ne se crée, tout se transforme. Une victoire d’autant plus admirable pour un artiste issu d’une sous-culture. Depuis son premier album A chaque frère, sa côte est monté entre temps. Résultat : un Olympia, un disque d’or, puis s’en suivra une immense tournée en Francafrique. Tout un symbole, pour le meilleur et pour le pire. A quoi doit-on un succès si inattendu ? Lui qui était peu visible, rappait comme un fantôme, un putain d’MC Patrick Swayze … Selon nous, il le doit au partage. 

Cover de l'album NGRTD réalisée par Fifou

Cover de l’album NGRTD réalisée par Fifou

Peut-être parce que ce rappeur, venu d’un HLM de merde à Cergy, a d’abord compris que, peu importe les défaites, tout reste possible. Il en a essuyé plusieurs avant de connaître le succès qu’on lui connait avec Noir D****. Un mal pour un bien puisque ça permet de comprendre que la vie peut reprendre et redonner. Les échecs avant les victoires. C’est certainement la même mentalité qu’il a encouragé à continuer la musique et a dédicacer plusieurs nouveaux artistes comme Abdallah, Nekfeu, Josman, Gradur, MZ, Alivor, ou, encore, le déjà expérimenté Zekwé. Un relai intergénérationnel qui apparaît comme un geste humble et admirable, alors que beaucoup souhaitent que la relève flanche. Une forme de partage qu’on avait presque oublié dans le rap. Une conception positive de la musique, la même qui le pousse à saluer toute forme d’entrepreneuriat et de réussite dans le titre Points Communs. Un titre qu’on retiendra particulièrement puisqu’il y mentionne Alassane Konaté, fondateur de notre label, et homme de l’ombre reconnu par de nombreux artistes et acteurs du milieu. Un hommage touchant quand on connait les liens entre nos deux équipes et le respect mutuel qui nous anime.

Youssoupha n’a pas eu seulement l’intelligence d’entretenir le partage avec ses prédécesseurs ou successeurs, il a aussi compris que le rap est loin d’être une musique faite pour cent personnes et qu’on est des millions sur Terre en train de bouger la tête. Il a compris que nous formions tous un public potentiel. Atteignable par la musique, l’humain ou … Les deux. Youssoupha a l’honneur de réunir ses deux choses. Il le doit en partie à ceux qui l’ont fait grandir à travers les concerts récemment. Un constat qu’il mit en évidence lors du lancement du titre Entourage. Pour l’écouter, il fallait alors que chaque auditeur le partage avec trois ami(e)s. Il a prouvé qu’on pouvait faire du marketing intelligemment sans tomber dans des extrêmes mercantiles. Partager sa musique tout simplement, même avec ceux qui ne croient pas au chaînes de solidarité. Que dire de l’idée de l’exposition temporaire où pendant trois jours, n’importe quel curieux pouvait découvrir l’album NGRTD en exclusivité au travers d’oeuvres réalisées par le talentueux Fifou. Une autre initiative payante et originale, peu vue dans le rap français. 

Quand Youssoupha convie son entourage au partage

Quand Youssoupha convie son entourage au partage

La force de Youssoupha, c’est aussi d’être resté authentique comme un chicano. Paradoxalement, c’est après avoir eu son disque de platine qu’il décida que son album aurait un titre en hommage à Césaire. Un clin d’oeil nécessaire, un devoir de mémoire pour cet artiste issu de la colonisation. C’est cette mentalité, qu’il a poussé à ne pas se reposer dans son confort, qui fait la différence du lyriciste bantou au sein du rap. La même qui l’a amené au titre Points Communs : rompre les codes du rap, de sa construction, et réaliser quelque chose de jamais vu. Cinq rappeurs différents (Lino, Sam’s, Disiz, Médine, Alonzo) se sont ajoutés à la même base du morceau, ce qui donne cinq titres au final, distribués au hasard chez tous les disquaires. L’initiative est belle, originale et symbolise une nouvelle fois une certaine forme de partage. L’album NGRTD poussera n’importe quel acteur du milieu à se questionner sur comment distribuer sa musique aujourd’hui. Youssoupha a le mérite d’apporter des éléments de réponse en créant ses propres modes, en témoigne l’application en son nom. NGRTD, c’est la réussite musicale d’un concept daté, fermé pour certains, mais désormais inéluctablement ouvert. Côté musique,  il faut souligner qu’il … Attendez, mais, sur quel album on écrivait ? Euh, je sais pas… m’en rappelle plus… moi non plus.